dimanche 18 octobre 2009

Le sentiment d'abandon


Le sentiment d'abandon est toujours à l'affût. Je suis chaque fois surpris de constater à quel point il peut vite dresser sa vilaine tête. Hier, j'ai été atteint au plus profond de moi par ce sentiment pénible. Tout juste angoisse brute, sans rapport à rien, semblait-il. Constamment, je me demandais : "Pourquoi es-tu si agité, pourquoi es-tu si anxieux, pourquoi si inquiet, pourquoi te sens-tu si seul et abandonné ?"

J'ai appelé chez Nathan et laissé un message dans sa boîte vocale. Il m'a bientôt rappelé et a promis de me téléphoner de nouveau dans la soirée pour que nous ayons tout le temps voulu pour nous parler.
Cet entretien a soulagé mon angoisse et je me suis senti en paix à nouveau. Personne ne pourra jamais guérir cette blessure, mais quand je peux en parler avec un bon ami, je me sens mieux. Que faire de cette intime blessure qui si aisément est heurtée et se remet à saigner ? Ce m'est une blessure si familière. Elle m'accompagne depuis bien des années. Je ne crois pas que cette blessure - cet immense besoin d'affection et cette immense crainte de rejet - me quitte jamais. Elle est là pour rester, mais peut-être pour une bonne raison. Elle est peut-être le porche de mon salut, la porte de la gloire et la voie de la liberté !

Je me rends compte que cette blessure m'est un don déguisé. Ces multiples expériences d'abandon, courtes mais intenses, me conduisent au lieu où j'apprends à délaisser ma crainte et à remettre mon esprit dans les mains de Celui dont l'accueil est sans limite. Je suis profondément reconnaissant envers Nathan et mes autres amis qui me connaissent et qui sont prêts à panser mes blessures de sorte que, au lieu de saigner à mort, je peux avancer vers la plénitude de la vie.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 44-45

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