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lundi 4 janvier 2010

Aucun mot ne dit 'Je t'aime'


Aucun mot ne peut vous faire connaître une personne, aucun. Il y a des quantités d'hommes et de femmes qui se sont dit : "Je t'aime" mais, quand ce mot est vrai, c'est qu'il est porté par la vie. Il devient lumière quand il y a une personne dans le mot, quand le mot n'est plus un mot mais une présence et une vie. Une personne ne peut devenir lumière que dans une autre personne, une intimité ne peut s'enraciner que dans une autre intimité, une âme ne peut s'échanger qu'avec une âme et Dieu ne peut s'échanger qu'avec une âme et Dieu ne peut s'échanger que dans ce dialogue de la foi et de l'amour, quand nous nous identifierons avec Lui et que nous nous perdons dans Sa Lumière et dans Sa Joie.
Maurice Zundel, Silence Parole de Vie, Editions Anne Sigier 1990, p55.

mardi 29 décembre 2009

Comment aimer sans blesser


Les autres sont comme nous. Ils sont en route, ils ont à se faire, à s'accomplir, à dépasser leurs limites, à se libérer comme nous de leur moi préfabriqué et passéiste. Et nous ne pouvons pas vivre sans les aimer. Comment les aimer dans la liberté, dans la transparence, sans nous blesser à leurs limites et sans les blesser par les nôtres ? Là encore, il faut vider nos centres, il faut nous installer à la racine de la vie d'autrui, à la racine de leur personnalité, il faut aller au bout de leur inconscient, en esprit, là où leur vie finit sa source aux yeux. Et quand nous les avons rejoints dans la lumière infinie, quand nous avons créé un espace illimité autour d'eux, alors nous pouvons les aimer sans réserve parce que nous les aimons dans leur devenir, nous les aimons dans leur avenir, nous les aimons dans l'infini pour les atteindre en un jour, comme nous-mêmes, si eux et nous sommes fidèles à notre vocation essentielle.


C'est dans la mesure où nous ne posons pas de limites en nous et les aidons, en nous affranchissant de nous-mêmes de nos frontières, à s'affranchir des leurs, c'est dans cette mesure que la communion entre les hommes, que les amitiés et les amours humaines peuvent se nouer et s'éterniser. Il est totalement impossible de se joindre et de joindre les autres sans passer par ce chemin de lumière et d'amour qui est le Dieu vivant caché au plus intime de nous.


Maurice Zundel, Vivre Dieu, Presses de la Renaissance, Paris 2007, p52-53

mercredi 16 décembre 2009

Dupes et éblouis


Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l'argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu'ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu'elle se souvient d'elle-même. Ce qu'elle ne fait jamais aussi bien qu'en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté.

Maurice Zundel, L'Evangile Intérieur, Editions Saint-Augustin 1997, p 103.

mardi 15 décembre 2009

Un seul critère de vie chrétienne


Dans l'Evangile, il n'y a qu'un seul critère, une seule pierre de touche, une seule manière de vérifier la religion authentique, et c'est cette charité qui est un mystère de foi, cette charité qui nous fait découvrir dans un être limité, borné, répugnant, lépreux, antipathique, toute la grandeur, toute la fragilité du Dieu vivant.

Les révélations particulières foisonnent : il y a Beauraing, il y a Fatima, il y a la Salette, il y a Lourdes. Et je ne dis pas qu'il n'y ait pas eu dans chacun de ces lieux une intervention authentique de la miséricorde et de l'amour. Mais je dis : Attention ! Aucune des révélations ne lie notre foi, aucune. Nous ne sommes liés qu'à l'Evangile, nous ne sommes liés qu'à la tradition des Apôtres, et toute les révélations particulières y sont subordonnées.

Or, la révélation des Apôtres eux-mêmes est subordonnée ou plutôt elle es ordonnée à cet unique critère : "C'est à cela qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 14, 34-35 ; 15, 12).

Voilà le critère de la foi, le critère de la vérité, aussi bien que le critère de la perfection. Tous les dogmes, toute l'Ecriture Sainte, tous les sacrements, toutes les apparitions, tous les pèlerinages, toutes les liturgies, finalement nous conduisent à ce point - ou bien sont en dehors de la vérité -, à cette rencontre avec Jésus sous le visage de l'homme.

Où voulez-vous prendre Dieu ? Il ne peut pas être ailleurs, il n'y a pas d'autre révélation que cette transparence, que cette transparence de l'homme à Dieu, quand l'homme dans la foi a été transfiguré et est devenu pour nous le Christ qui s'est identifié avec lui et qui nous dit : "C'est moi qui vous attendait et c'est moi que vous avez reçu".

N'ayons donc aucune inquiétude devant tout ce que nous pouvons lire dans les livres, devant tant d'exposés de la religion qui prétendent à s'imposer à nous. Nous serons toujours dans la droiture de la foi quand nous serons dans la vérité de l'amour.


Maurice Zundel, Silence Parole de Vie, Editions Anne Sigier 1990, p 158-159.

vendredi 4 décembre 2009

Etre un ostensoir de l'amour


"Que tous soient un en nous, comme Vous et Moi nous sommes un" (Jean 17, 21-22).

Dieu est l'altruisme subsistant, la charité est son nom.

Nous ne pouvons appliquer le nom de charité aux relations humaines que dans la mesure où, devenus intérieurs à Dieu, nous le sommes également à nos frères.


Notre âme est un univers : la leur ne l'est pas moins. Chacune peut devenir un foyer où la création se recueille et d'où toute vie resurgit : ennoblie et purifiée au contact du premier Amour.

C'est en ce centre mystérieux que réside leur personnalité, c'est là qu'ils vivent réellement. Tant que nous n'essayons pas de les joindre au dedans à travers Dieu dont la tendresse seule les fait exister, tant que leur fonction ou leur apparence suffit à les définir à nos yeux, nous leur refusons l'être.


La sévérité du Christ pour les abus de parole et de jugement s'explique en cette lumière. Dire à son frère : raca ou fou, c'est le prendre par le dehors, c'est méconnaître son âme et sa dignité d'homme, c'est déjà commettre ce refus d'être qui empêche la vie de s'accomplir.

Ah ! Comment ne pas sentir en soi toutes les possibilités qu'il porte en lui ?


Il n'est pas encore peut-être, mais il devient, il n'est point fixé dans un état immuable, et un changement imperceptible peut suffire à l'orienter pour toujours vers le bien.


Il faudrait qu'il ne nous quittât jamais sans connaître mieux les richesses de sa vie.


Il ne s'agit pas, sans doute, d'éprouver pour le premier venu cet élan qui nous fait sentir notre unité avec les êtres dont le sang ou l'amitié nous rendent solidaires. Ceci ne dépend point de nous et ne peut jaillir à volonté.


Nous ne pouvons feindre cette joie ou ces déchirements qui identifient toutes nos fibres au rythme d'un être avec lequel le nôtre se confond.

Il n'est question ici, que de l'effort qui doit résulter d'une vision théocentrique, comme est celle dont l'Evangile est la source.


Ce n'est rien de donner à un homme tous nos biens, si notre coeur n'est pour lui l'ostensoir de l'Amour, qui peut seul exorciser par son infinité même l'attrait des séductions, dont un certain sens du réel est en lui, fatalement complice : tant que l'Être en nous ne luit point dans une lumière accessible à son cœur.


Maurice Zundel, Recherche de la personne, Editions Desclée, Paris 1990, p 261-262.