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samedi 7 novembre 2009

Comme une visitation


Je peux difficilement imaginer meilleure façon de comprendre l'amitié, l'attention prévenante aux autres et l'amour que celle que nous propose la "Visitation" de Marie. Dans un monde rongé par la honte et la culpabilité, nous avons besoin de nous "visiter" les uns les autres et nous offrir un lieu où il est possible de proclamer notre liberté et de célébrer les dons que nous avons reçus. De temps à autre, il faut pouvoir nous éloigner des voix méfiantes et haineuses et nous retrouver dans un endroit où nous sommes pleinement compris et aimés. C'est à cette condition que l'on pourra affronter à nouveau le monde hostile, libéré de toute crainte et avec une confiance renouvelée en nous-mêmes.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004.

vendredi 6 novembre 2009

Agitation intérieure

Cet après-midi, je suis allé conduire Jonas à l'aéroport. Cela nous a fait du bien de passer quelques jours ensemble. J'ai eu la possibilité de lui parler de l'anxiété que j'éprouvais, et qui est toujours présente mais invisible extérieurement. Il m'a écouté avec une oreille attentive et m'a répondu avec délicatesse. Mon agitation intérieure s'est quelque peu apaisée, mais je me rends compte que chaque fois que cette blessure intérieure est ravivée, la guérison est lente et il me faut faire preuve de beaucoup de patience. La présence rassurante et réconfortante de Jonas m'a tout au moins permis d'expérimenter un début de guérison.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, mardi 7 mai.

jeudi 5 novembre 2009

Je suis anxieux


Pour une raison ou une autre, je suis anxieux. Je me rends compte que je tourne en rond aux prises avec des émotions profondes que je n'ai pas pris le temps d'analyser et qu'il faudrait peu de chose pour les faire remonter à la surface et me déséquilibrer. Je ne m'attendais pas à cela, mais je me sens passablement démuni en face de ces sentiments d'amour, de haine, de rejet, d'attirance, de gratitude et de regret qui sont hors de mon contrôle. J'aimerais bien pouvoir retrouver une nouvelle paix intérieure, mais après toutes ces années, je crains qu'il en résulte plutôt de nouvelles tensions. Je sais l'importance de la prière en pareille situation.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, samedi 4 mai.

mercredi 4 novembre 2009

Cette amitié pénètre toute notre vie


Ce soir, Nathan et moi sommes sortis pour dîner et avons profité de l'occasion pour avoir une conversation franche et honnête sur les hauts et les bas de notre relation d'amitié.

Notre amitié a vu le jour en France et s'est solidifiée durant la première année. Plus tard, à Daybreak, de multiples tensions ont surgi, et parce que je suis devenu trop dépendant, notre amitié s'est brisée. Cette brisure a déclenché beaucoup de choses en moi, et la douleur de notre séparation a été tellement vive que j'ai dû quitter la communauté durant six mois afin de retrouver la confiance et l'espoir. A n'en pas douter, ces mois d'éloignement ont certainement été les plus durs et les plus éprouvants de ma vie. Durant cette période, je me suis même demandé si je retournerais un jour à Daybreak et si je pourrais à nouveau vivre dans la même communauté que Nathan.

Au moment opportun, je suis retourné à Daybreak et peu à peu notre amitié s'est renouée et même approfondie. Aujourd'hui nous sommes profondément liés dans l'amitié et cette amitié pénètre tout, notre vie de foi, notre travail comme responsables de Daybreak, notre engagement au service des autres.

Au cours du dîner, Nathan m'a incité à passer moins de temps à me plaindre et à être plus positif. "Quand tu acceptes une invitation, ne te plains pas que tu es trop occupé, et quand ça va bien, ne passe pas de remarques qui laissent entendre que tu as besoin qu'on s'occupe quand même de toi". J'avais pourtant l'impression que je ne me plaignais plus, que c'était réglé, mais Nathan me faisait comprendre qu'il n'en était rien et que cela m'empêchait de pleinement goûter la paix et la joie qui étaient miennes.

Et bien, voilà de quoi réfléchir et sur quoi travailler.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, vendredi 29 mars.

mardi 3 novembre 2009

Dépendant de l'affection d'autrui


De ce temps-ci, je me sens d'attaque, débordant d'énergie. Cependant, je suis bien conscient que ce bien-être, je le dois à mes amis et à l'amour dont ils m'entourent. Et autant que je le sache, il n'y a personne actuellement qui m'en veut ou qui serait en colère contre moi. Une douce harmonie règne, me semble-t-il, dans mes relations avec ma famille, avec les gens de Daybreak, tout particulièrement avec Nathan et Sue, et avec mes amis qui vivent à proximité de moi ou éloignés. En pareille situation, j'oublie facilement ma grande fragilité intérieure, j'oublie qu'il faut très peu de chose pour rompre cet équilibre. Il suffirait d'un simple rejet ou d'une légère critique pour me faire douter de ma valeur personnelle et me faire perdre confiance en moi.

C'est à cela que je pensais quand j'ai lu le poème que Michel-Ange a rédigé à l'intention de Tommaso Cavalieri, le jeune noble romain rencontré pour la première fois en 1532, alors qu'il avait 57 ans. Son amour pour Tommaso et l'affection que Tommaso lui portait le faisait se sentir pleinement vivant. Il écrit : "Dans tes yeux brillants, je vois la lumière vive que mes yeux aveugles seuls ne parviennent pas à voir ; et tes pieds assurés me soulagent de ce fardeau que mes pas chancelants laisseraient choir immanquablement. Mes pensées intimes prennent forme dans ton cœur".

Ces mots font naître en moi de profonds sentiments. Ils révèlent à quel point je suis dépendant de l'affection et de l'amour des autres. Je sais le nombre de mes pensées qui ont pris forme dans le coeur de ceux qui m'aiment.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, mercredi 20 mars.

lundi 2 novembre 2009

Enracinés dans le coeur de Dieu


Ce matin, à l'Eucharistie, nous avons discuté du grand commandement. La même idée a refait surface. Quand nous aimons Dieu de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toutes nos forces, et de toute notre âme, nous ne pouvons pas faire autrement que d'aimer notre prochain et de nous aimer nous-mêmes. C'est en étant pleinement enracinés dans le cœur de Dieu que nous pouvons être connectés de manière créative aussi bien à notre prochain qu'à notre moi profond. Dans le cœur de Dieu, nous pouvons voir que les autres humains qui vivent sur terre avec nous sont aussi fils et filles de Dieu, et font partie de la même famille que nous. Et dans le même mouvement, je peux me reconnaître aimable et le célébrer avec mes proches.

Notre société cherche à tout calculer, y compris l'amour donné à Dieu, aux autres et à soi-même. Mais Dieu, lui, nous dit : "Donnez-moi tout votre amour et je vous donnerai d'aimer votre voisin et de vous aimer".

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, vendredi 15 mars.

vendredi 30 octobre 2009

Que désirons-nous vraiment ?


Que désirons-nous vraiment ? Au fur et à mesure que j'essaie d'être à l'écoute de mes désirs les plus profonds et de ceux des autres, le mot qui semble le mieux décrire ces désirs du coeur humain est le mot "communion". Communion signifie "union avec". Dieu nous a donné un coeur qui ne trouvera pas de repos tant et aussi longtemps qu'il n'aura pas trouvé la véritable communion. Nous la cherchons dans l'amitié, le mariage, la communauté. Nous la cherchons dans l'intimité sexuelle, les moments d'extase, la reconnaissance de nos dons. Nous la cherchons dans le succès, l'admiration, les récompenses. Mais où que nous cherchions, c'est la communion que nous désirons. (...)

C'est un désir qui vient de Dieu, qui nous occasionne à la fois de nombreuses souffrances et d'immenses joies. Jésus est venu proclamer que notre désir de communion n'est pas vain, mais qu'il sera satisfait par Celui qui l'a mis en nous. Nos moments furtifs de communion ne sont que de faibles aperçus de la communion promise par Dieu. Le véritable danger est de nous méfier de ce désir de communion. Ce désir nous vient de Dieu, sans qui notre vie perd sa vitalité, sans qui notre coeur se refroidit. Nous vivrons de façon vraiment spirituelle seulement lorsque nous aurons trouvé le repos dans l'étreinte de Celui qui est à la fois le Père et la Mère de tous les désirs.

Nous, les êtres humains, souffrons beaucoup. Plusieurs, sinon toutes nos souffrances viennent de nos relations avec ceux et celles qui nous aiment. Je suis toujours conscient que mes angoisses les plus intenses sont causées non pas par les évènements terribles rapportés dans les journaux ou la télévision, mais par mes relations avec ceux et celles qui partagent ma vie quotidienne. Les hommes et les femmes qui m'aiment et qui sont très proches de moi sont aussi ceux qui me blessent. A mesure que nous vieillissons, nous découvrons souvent que l'amour qu'on nous porte n'est pas toujours parfait. Ceux qui nous ont aimés ses sont souvent servis de nous. Ceux qui ont pris soin de nous nous ont aussi enviés. Ceux qui nous ont beaucoup donné attendaient parfois beaucoup en retour. Ceux qui nous ont protégés ont aussi voulu nous posséder à des moments cruciaux. Nous éprouvons souvent l'envie de démêler le pourquoi et le comment de nos blessures, et nous en arrivons trop souvent à la terrible conclusion que l'amour que nous avons reçu n'était pas aussi pur et simple que nous le croyions.

Il est important de nous arrêter pour réfléchir à tout cela, surtout quand nous sommes paralysés par la peur, les inquiétudes et les sombres désirs que nous ne comprenons pas.

Mais il ne suffit pas de comprendre nos blessures. En bout de ligne, nous devons trouver la liberté d'aller au-delà de nos blessures et le courage de pardonner à ceux et celles qui nous ont fait du mal. Le danger qui nous guette est de nous embourber dans la colère et la rancune. Nous nous mettons alors à vivre en "victime" qui se plaignent continuellement des injustices de la vie.

Jésus est venu nous délivrer de ces plaintes autodestructrices. Il dit : "Cessez de vous plaindre, pardonnez à ceux qui vous ont mal aimés, allez au-delà de vos sentiments de rejet, ayez le courage de croire que vous ne tomberez pas dans un abîme de néant mais dans les bras protecteurs de Dieu dont l'amour guérira toutes vos blessures". (...)

Plus je pense aux souffrances humaines de ce monde et à mon désir de les soulager, plus je prends conscience à quel point il est important de ne pas me laisser paralyser par des sentiments d'impuissance et de culpabilité. Il me faut plus que jamais être fidèle à ma vocation : je suis appelé à bien faire les petites choses qui me sont confiées et à goûter la joie et la paix qu'elles m'apportent. Je dois résister à la tentation de laisser les forces des ténèbres m'entraîner vers le désespoir et faire de moi une autre de leurs nombreuses victimes. Je dois garder mon regard fixé sur Jésus et sur ceux qui l'ont suivi, confiant que je saurai suivre pleinement ma mission : être dans le monde un signe d'espérance.

Henri Nouwen, Vivre sa foi au quotidien.

L'impression de distance


Nous étions partis tôt pour avoir le temps de prendre un café, une fois arrivés à l'aéroport. Mais parvenus au petit restaurant près de la barrière d'accès, Frank ne semblait pas avoir la moindre envie de prendre un café ou une bouchée et il me semblait passablement amorti. J'ai senti qu'il était exagérément préoccupé d'obtenir sa carte d'embarquement et de téléphoner à des amis d'Albuquerque. Brusquement, j'ai été saisi par un grand sentiment de solitude. J'ai eu l'impression que nous faisions ce qu'il fallait en pareille circonstance mais qu'en réalité, Frank souhaitait que je le laisse à ses affaires.

Même si je savais en moi-même qu'une partie sinon la presque totalité de ce que je ressentais était une pure projection et traduisait beaucoup plus mon état d'esprit que celui de Frank, je n'ai pu m'empêcher de me tourner vers Frank pour lui dire : "Où es-tu ? Tu es rendu ailleurs. J'espérais que nous pourrions avoir un bon échange et que nos adieux seraient chaleureux. Tu me sembles heureux que les vacances soient terminées".

Frank a réagi vivement. "N'essaie pas de nier la belle semaine que nous avons passé ensemble. Ne bousille pas toute ne réagissant comme tu le fais. C'est vrai que j'ai dû faire un téléphone et que je n'ai pas voulu prendre un café, mais tu en fais tout un plat pour rien. C'est simplement que j'éprouve de la difficulté à parler dans un aéroport".

Mon embarras n'avait d'égal que ma tristesse. Je ne voulais pas gaspiller la belle semaine que nous venions de vivre, mais voilà que nous étions en train de nous disputer pour rien.

Peu de temps avant que l'avion décolle, j'ai pu me ressaisir et remercier Frank pour son amitié. Mais j'étais encore très déçu et durant tout le voyage, je n'ai pas arrêté de songer à la difficulté que j'avais d'intégrer mes sentiments. Il faisait bon de se retrouver à la maison et même s'il a fallu m'atteler rapidement à la tâche de défaire mes bagages, de dépouiller mon courrier et de prendre connaissance des télécopies reçues, j'ai quand même continué à éprouver un sentiment inconfortable en pensant à la matinée.

Plus tard, Frank m'a appelé. Je lui ai demandé pardon et nous avons conversé longuement, ce qui m'a permis de me réconcilier avec la belle semaine que nous avions vécu. Au moment d'aller au lit, j'ai réalisé que, demain, l'évangile du jour parlait du pardon du cœur.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 174-175

jeudi 29 octobre 2009

Ni sur la défensive, ni en colère

A midi, Nathan m'a téléphoné de Calgary. Nous avons eu une bonne conversation, quoique difficile par moments. Je lui ai dit que, au cours des derniers jours, je m'étais senti déprimé, profondément seul, voire rejeté. J'ai ajouté que j'avais été déçu parce que nous n'avions pas eu une bonne discussion depuis quelque temps.

A cela, Nathan a réagi avec beaucoup d'amour. Il n'était ni sur la défensive ni en colère : il m'a simplement dit qu'il n'avait pu se douter de l'intensité de mes sentiments et qu'il voulait m'offrir son soutien chaque fois qu'il le pouvait. Il avait eu une semaine remplie, au contraire de la mienne, ponctuée de visites familiales et de conversations intenses. Il n'avait visiblement pas été sur la même longueur d'onde que moi et, bien sûr, il n'avait pu deviner mon angoisse. Notre conversation m'a fait pleinement apprécier les bienfaits de l'amitié. Mon sentiment de rejet, ma colère, ma dépression et mon angoisse se dissipent peu à peu comme, dans les champs, la neige fond au soleil. Je remercie le Seigneur.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 145-144

mercredi 28 octobre 2009

Le fantôme intérieur


Il semble que j'ai réveillé en moi le fantôme affamé en y consacrant ces lignes ! Toute la journée je me suis senti comme un fantôme affamé : j'avais faim d'affection et d'attentions - appels téléphoniques, lettres et le reste. J'ai fini par en concevoir une colère dirigée non seulement contre tous ceux qui ne me donnaient pas ce dont j'avais un si grand besoin, mais aussi contre les appétits insatiables de mon propre esprit affamé. Je sais que, après tous les voyages et déplacements des derniers mois, il est temps que je retrouve le silence, que je prie, que j'écrive en toute tranquillité, que je sois simplement seul. Mais mon fantôme affamé s'assurait que je demeure agité, à l'affût de la moindre distraction, m'empêchant ainsi de le confronter directement et de mettre un terme à ses plaintes incessantes. (...)

Heureusement, mes prières du soir m'ont apporté un peu de consolation. En les disant à voix haute - hurlant presque dans la maison déserte - j'ai recouvré, sans trop savoir comment, un tant soit peu de paix intérieure.

Henri Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 143-144

mardi 20 octobre 2009

Un partenariat spirituel


Il était bon de nous retrouver. Notre amitié s'approfondit et s'affermit avec le passage des ans. Borys, qui paraissait souvent épuisé et surmené, a maintenant l'air reposé et détendu. Nous avons pu apprécier combien chacun comptait pour l'autre. Quand Borys m'a dit : "Un jour, nous devrions voyager ensemble", j'ai deviné à quel point il lui manquait d'avoir un compagnon durant ses nombreux voyages, quelqu'un avec qui prier, parler, avec qui se retrouver, tout simplement. J'ai senti que j'avais développé avec lui un vrai partenariat spirituel, qui s'enrichissait constamment, et j'en éprouvais une grande reconnaissance.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 139

lundi 19 octobre 2009

J'aurais voulu...


J'ai écrit beaucoup de cartes postales cet après-midi. En écrivant, je ressentais un amour profond pour tous les amis à qui j'écrivais. J'avais le cœur rempli de gratitude et d'affection, et j'aurais voulu pouvoir prendre chacun de mes amis dans mes bras et leur laisser savoir tout ce qu'ils signifient pour moi et combien ils me manquent. On dirait que parfois la distance crée la proximité, l'absence crée la présence, la solitude crée la communauté ! Je sentais tout mon être, corps, intelligence et esprit, aspiré à donner et à recevoir l'amour sans condition, sans crainte, sans réserve.

Pourquoi me faudrait-il jamais penser ou dire quelque chose qui ne soit pas amour ? Pourquoi devrais-je abriter une rancune, ressentir haine ou jalousie, me montrer soupçonneux ? Pourquoi ne pas toujours donner et pardonner, encourager et élever, offrir remerciements et louange ? Pourquoi pas ?

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 105-106

dimanche 18 octobre 2009

Le sentiment d'abandon


Le sentiment d'abandon est toujours à l'affût. Je suis chaque fois surpris de constater à quel point il peut vite dresser sa vilaine tête. Hier, j'ai été atteint au plus profond de moi par ce sentiment pénible. Tout juste angoisse brute, sans rapport à rien, semblait-il. Constamment, je me demandais : "Pourquoi es-tu si agité, pourquoi es-tu si anxieux, pourquoi si inquiet, pourquoi te sens-tu si seul et abandonné ?"

J'ai appelé chez Nathan et laissé un message dans sa boîte vocale. Il m'a bientôt rappelé et a promis de me téléphoner de nouveau dans la soirée pour que nous ayons tout le temps voulu pour nous parler.
Cet entretien a soulagé mon angoisse et je me suis senti en paix à nouveau. Personne ne pourra jamais guérir cette blessure, mais quand je peux en parler avec un bon ami, je me sens mieux. Que faire de cette intime blessure qui si aisément est heurtée et se remet à saigner ? Ce m'est une blessure si familière. Elle m'accompagne depuis bien des années. Je ne crois pas que cette blessure - cet immense besoin d'affection et cette immense crainte de rejet - me quitte jamais. Elle est là pour rester, mais peut-être pour une bonne raison. Elle est peut-être le porche de mon salut, la porte de la gloire et la voie de la liberté !

Je me rends compte que cette blessure m'est un don déguisé. Ces multiples expériences d'abandon, courtes mais intenses, me conduisent au lieu où j'apprends à délaisser ma crainte et à remettre mon esprit dans les mains de Celui dont l'accueil est sans limite. Je suis profondément reconnaissant envers Nathan et mes autres amis qui me connaissent et qui sont prêts à panser mes blessures de sorte que, au lieu de saigner à mort, je peux avancer vers la plénitude de la vie.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 44-45

samedi 17 octobre 2009

Purifier l'amitié


Les difficultés que j'éprouve avec la prière ne diffèrent pas sensiblement de celles que me pose l'amitié. Il faut purifier la prière aussi bien que l'amitié. Elles devraient dépendre moins d'émotions passagères et se baser plutôt sur des engagements à long terme. Sous ma plume, que ces pensées semblent sages ! Mais déjà je sais que mon corps et mon âme auront besoin d'une discipline immense pour s'accorder à cette sagesse.

Après le dîner, j'ai regardé avec Sue et Nathan le film Apollo 13, qui fait état des efforts déployés pour ramener sur terre sains et saufs trois astronautes, suite à l'échec de leur vol vers la lune. Au-delà du spectacle technologique, se profile une histoire touchant aux relations humaines et à la discipline qu'elles requièrent pour sauver des vies. Pendant que nous regardions le film, je me suis rendu compte que, d'une certaine façon, nous aussi sommes des astronautes dans un vaisseau spatial qui tentons de retrouver notre foyer. Je suppose que cette vérité s'applique à tous ceux qui prennent le risque de l'amitié.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 23

Deux extrêmes


Alors que je quitte Daybreak pour un an, je me pose cette question : "Comment vais-je vivre mes amitiés pendant cette période ?" Vais-je me convaincre que loin des yeux, je serai loin des cœurs, et m'abandonner au désespoir ? Ou pourrai-je accéder à un nouvel espace intérieur qui me laisse espérer que l'absence comme la présence peuvent renforcer les liens d'amitié ? En toute probabilité, je passerai par les deux extrêmes de l'éventail des relations humaines. Je ferais mieux de m'y préparer. Mais quoi que je "ressente" à l'avenir, il importe que je choisisse toujours, en mon for intérieur, d'être fidèle.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 22

vendredi 16 octobre 2009

Une véritable discipline


Lorsque je songe à l'année à venir, je me rends compte que l'amitié sera une préoccupation aussi importante que la prière. Peut-être même plus importante. Ma soif d'amitié est telle qu'elle peut sembler "anormale". Quand je pense aux chagrins et aux joies de ma vie, je constate qu'ils n'ont que très peu à voir avec le succès, l'argent, la carrière, la patrie ou l'Eglise, mais tout à voir avec l'amitié. Les liens que j'ai tissés avec Nathan et Sue le démontrent.

Pendant mes neuf années à Daybreak, j'ai vécu avec eux des moments d'extase comme des moments d'agonie. Je me suis senti aussi bien rejeté que soutenu, abandonné qu'accepté, détesté qu'aimé. Par là, j'aurai appris que l'amitié demande une véritable discipline. Rien ne peut-être tenu pour acquis, rien n'arrive de façon automatique, rien ne naît sans un effort intense. L'amitié exige confiance, patience, prévenance, courage, repentir, indulgence, reconnaissance et, avant tout, fidélité. C'est avec stupéfaction que je constate combien souvent j'ai pensé que tout était fini, que Nathan et Sue m'avaient trahi ou délaissé, et avec quelle facilité des sentiments de jalousie, de rancune, de colère et de dépression m'avaient envahi. Il est encore plus étonnant de m'apercevoir que nous sommes encore des amis, oui, les meilleurs des amis. Mais il faut dire que chacun de nous a dû y mettre du sien.

Henri J. M. Nouwen, Journal de la dernière année, Editions Bellarmin 2004, p. 22