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dimanche 1 novembre 2009

Tu m'es devenu un frère


Par la grâce du Christ, tu es devenu mon frère pour m'aider dans le monde présent, pour vivre avec moi dans l'éternité ; tu es mon frère, dont l'amitié dépasse les affections charnelles, un frère plus proche que tous ceux qu'unissent à moi les liens de la chair et du sang. Où sont maintenant mes frères de sang ? mes anciens amis ? mes camarades d'autrefois ? Pour tous ceux-là, j'ai disparu dans l'oubli. Je suis devenu, comme le dit le psaume "un étranger pour mes propres frères, un inconnu pour les fils de ma mère ; mes amis, ceux qui étaient autrefois mes proches se sont éloignés de moi" (Ps 68, 9 et 37, 12). Comme le fleuve qui coule, comme le flot qui passe, ils passent à côté de moi, ils ont honte de moi et ils rougissent, comme il est écrit (Ps 37, 12), de venir me voir. Des étrangers sont devenus mes proches et ceux qui étaient mes proches se sont éloignés de moi. (...) Le Seigneur a voulu que tu me tiennes lieu de père, de frère et d'ami : il a voulu que tu prennes soin de moi avec la sollicitude des parents, que tu m'aimes avec l'affection d'un frère, que tu t'occupes de moi avec le dévouement d'une amitié sincère, que, du fond de ton cœur, tu me prodigues toute ton affection, enfin, que tu me sois continuellement présent par de fréquentes lettres et que tu m'apaises par de douces consolations.

Paulin de Nole à Sulpice Sévère, Lettre 11.

mardi 27 octobre 2009

La charité ne passera jamais


Dieu a bien voulu nous faire naître à une vie nouvelle, toute orientée vers lui, il a voulu nous unir à dans le lien de sa charité et nous éloigner de l'affection charnelle par laquelle il nous préparait déjà, comme nous le comprenons aujourd'hui, à cette alliance spirituelle. De cette amitié ancienne, il a fait une affection plus puissante, scellée pour l'éternité. Car la charité - si c'est elle qui inspire notre affection - "ne passe jamais" (1 Co 13, 8) ; elle vient de Dieu, elle demeure en Dieu, immuable, elle donne le pouvoir à l'homme qui la possède, de ne point changer. La charité ignore les tumultes et les ruses du cœur, elle est inaccessible à l'envie. Elle rivalise avec Dieu, non pas dans un esprit d'orgueil, mais dans un sentiment de douceur et de piété : car Notre Seigneur nous assure qu'il est "doux et humble de cœur" (Mtt 11, 29).

Paulin de Nole à Sulpice Sévère, Lettre 11.

lundi 26 octobre 2009

Je t'aimais d'une amitié profane


"Rien ne vaut un ami fidèle, et les saintes paroles affluent toujours dans la bouche de l'homme de bien" (Ecclésiastique 6, 15). Je connais bien en Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, ces deux maximes tirées du livre de l'Ecclésiastique ; en toi, plus qu'en tout homme, j'ai le bonheur de les vivre, par la grâce de Dieu. Le réconfort que m'apporte ton amitié est un remède de vie, tes paroles sont comme du miel ; comme de l'eau fraîche pour les gosiers asséchés, telle est la bonne nouvelle venue d'une terre lointaine (Proverbes 16, 24-25). Elle nous assure que tu vas bien, elle nous parle la voix de l'amitié et ainsi elle engraisse la moelle de nos os (Proverbes 15, 30), et même elle nous comble de joie et de bonheur puisqu'elle nous est transmise, présentée par tes serviteurs, nos fils dans le Seigneur, puisque nous avons en même temps que ta lettre quelques uns de tes proches. "Comment dirai-je au Seigneur ma reconnaissance pour tous les biens dont il m'a comblé ?" (Ps 115, 12). Et surtout, pour cette grâce particulière qu'il a voulu m'accorder : je t'aimais d'abord d'une amitié profane et voilà que le Seigneur a fait de toi mon compagnon, mon frère dans le service divin ; quelle grâce intestimable ! Il a établi entre toi et moi les liens d'une fraternité spirituelle.
Paulin de Nole à Sulpice Sévère, Lettre 11.