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vendredi 27 novembre 2009

Aimer gratuitement

Tu ne dois pas aimer un ami pour qu'il te donne quoi que ce soit, de l'argent ou quelque autre avantage temporel : ce n'est pas lui que tu aimes, mais ce qu'il te donne. Un ami doit être aimé gratuitement, pour lui-même, non pour autre chose. Mais si la règle de l'amitié, qui veut que tu le chérisses gratuitement, est pour toi une contrainte, combien gratuitement doit être aimé Dieu, qui ordonne que tu chérisses l'homme ! Rien n'est plus à chérir que Dieu !

Augustin d'Hippone, Sermon 49.

jeudi 26 novembre 2009

L'amitié de raison


L'amitié charnelle est due à la similitude des habitudes de vie, des entretiens, des conversations entre deux amis, et elle est telle que l'un est dans la tristesse lorsqu'il est quitté par l'autre, avec lequel il est habitué de s'entretenir et d'avoir commerce : les deux se rencontrent, se promènent ensemble durant trois jours, et même alors ils ne peuvent pas se séparer. Or cette amitié est honnête, mais c'est une amitié d'habitude, non de raison, car les bestiaux eux-mêmes en ont de telles. Deux chevaux mangent ensemble, ils ont besoin l'un de l'autre jour après jour, et quand l'un part devant, l'autre se hâte derrière ; désirant - pour ainsi dire - son ami, à peine peut-il être contrôlé par son propriétaire : il se cabre avec fougue jusqu'à ce qu'il ait rattrapé l'autre. Mais il y a une amitié, supérieure, qui n'est pas d'habitude mais de raison, par laquelle nous aimons un homme au nom de la foi et de la bienveillance mutuelle en cette vie mortelle. Que l'homme commence à aimer tout ce que nous trouvons de supérieur, de divin, et il n'aimera rien en l'homme, si ce n'est Dieu.

Augustin d'Hippone, Sermon 49.

mercredi 25 novembre 2009

Mieux vaut...

Celui qui est indulgent n'est pas toujours un ami, ni celui qui fustige, toujours un ennemi. Mieux vaut aimer avec sévérité que tromper avec douceur.

Augustin d'Hippone, Lettre 93.

mardi 24 novembre 2009

L'amitié pour l'âme folle


Est une amitié parfaite celle qui nous fait aimer davantage ce qui est meilleur et moins ce qui est inférieur. Aime une âme sage et parfaite dès que tu la vois, et une âme folle, non pour sa folie, mais parce qu'elle est capable de perfection et de sagesse. Car on ne doit pas s'aimer pour sa folie : quiconque s'aime de cette façon ne progressera point vers la sagesse.

Augustin d'Hippone, De vera religione, XLVIII, 93.

lundi 23 novembre 2009

Comme un médecin


Sois comme un médecin : le médecin n'aime pas le malade s'il ne déteste pas la maladie ; il s'attaque à la fièvre pour en libérer le malade. N'aimez pas les vices de vos amis, si vous aimez vos amis.

Augustin d'Hippone, Sermon XLIX, 6.

dimanche 8 novembre 2009

Qu'est-ce qui me charmait ?

Qu'est-ce qui me charmait sinon d'aimer et d'être aimé ? Mais je ne me contenais pas dans la mesure de l'échange qui va de l'âme à l'âme : là est le lumineux sentier de l'amitié. Des brumes s'exhalaient du limoneux tréfonds de la concupiscence de la chair et des jaillissements de la puberté. Elles obnubilaient et offusquaient mon cœur qui ne distinguait plus l'affection apparente du brouillard du désir.

Saint Augustin, Confessions, II, II, 2-3.

dimanche 25 octobre 2009

Endurer les faiblesses de l'ami


Il ne faut jamais repousser l'amitié de quelqu'un qui entre en relations pour lier amitié ; non qu'il faille l'accueillir d'emblée, mais il faut souhaiter qu'on puisse lui faire accueil, et le traiter de façon à rendre la chose possible. Car on peut dire que celui-là a conquis notre amitié, à qui nous osons faire confidence de toutes nos intentions. Et s'il y en a un qui n'ose pas avancer pour lier amitié, parce qu'il est intimidé par la considération ou le rang dont nous jouirions dans le monde, il faut descendre jusqu'à lui, et lui offrir avec affabilité et modestie ce qu'il n'ose pas demander de lui-même. Sans doute arrive-t-il, assez rarement certes, mais tout de même quelquefois, qu'en celui dont nous avons l'intention d'agréer l'amitié, les mauvais côtés nous apparaissent avant les bons ; ils nous heurtent, ils nous repoussent, pour ainsi dire, et nous nous éloignons de la personne sans aller jusqu'à l'exploration de ses bons côtés, peut-être un peu masqués. Aussi le Seigneur Jésus-Christ, qui veut que nous devenions ses imitateurs, nous recommande d'endurer les faiblesses de cette personne, afin d'atteindre, par le support de la charité, quelques traits heureux dont le charme soit reposant. Car il dit : "Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades" (Mtt 9, 12). Et c'est pourquoi, empêchés par la charité du Christ de bannir de notre cœur celui-là même qui pourrait être malade à tous points de vue - parce qu'il peut être guéri par le Verbe de Dieu - combien moins faut-il repousser celui qui peut nous paraître entièrement gâté pour cette raison que nous avons été incapables de supporter, aux premières avances de l'amitié, certains de ses défauts, et pour celle-ci, plus grave, que nous nous sommes permis dans l'énervement de porter sur toute sa personne un jugement téméraire et préjugé, indifférents à ce qui est dit : "Ne jugez point, pour n'être pas jugés" et "On vous fera la même mesure que celle dont vous vous serez servis" (Mtt 7, 1-2).

Saint Augustin, De diversis quaestionibus, question 71.

vendredi 30 janvier 2009

L'aveu et l'espoir


Quand un amant veut faire partager sa passion, il songe à tous les moyens en son pouvoir de déclarer son amour et d'en découvrir les transports: il prend les dehors de la justice, afin d'avoir le droit de réclamer comme une dette la sympathie du cœur qu'il veut séduire; sa passion s'avive et s'enflamme, en voyant troublée du même feu la personne dont il convoite la possession; tant il est vrai que la sympathie fait sortir un cœur froid de son indifférence et redouble l'amour en celui qui déjà en éprouvait les ardeurs! Il est donc bien évident que rien ne contribue davantage à faire naître ou à développer l'amour que l'aveu de ce sentiment, l'espoir qu'il sera partagé, les avances de celui qui l'éprouve le premier. Combien ce caractère de l'amour empreint dans les liaisons les plus criminelles est-il plus sensible dans l'amitié! N'évitons-nous pas avant tout de déplaire à un ami, dans la crainte de lui laisser croire que nous ne l'aimons pas ou que notre amitié est moins vive que la sienne? S'il le croyait, en effet, il mettrait plus de réserve et de froideur dans ces rapports intimes que l'amitié crée entre les hommes; et, quand il ne pousserait pas la faiblesse jusqu'à laisser toute sa sympathie se refroidir à cause de cette offense, il se renfermerait dans une amitié où le calcul supprimerait les épanchements du cœur.


Saint Augustin, Traité du catéchisme, chapitre IV.

mercredi 7 janvier 2009

L'amitié unit à Dieu



Grâces soient donc rendues à Dieu qui daigne enfin faire de vous mon ami. C'est maintenant qu'il y a entre vous et moi une douce et affectueuse conformité de sentiments sur les choses divines et humaines, en Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui devient le fondement de notre véritable paix, et qui a renfermé en deux préceptes tous les divins enseignements, lorsqu'il a dit: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme et de tout ton esprit; et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dans ces deux commandements sont compris toute la loi et tous les prophètes.» Le premier commandement forme le doux et affectueux accord sur les choses divines; le second établit le parfait accord sur les choses humaines. Si nous nous attachons fortement à ces deux commandements, notre amitié sera véritable et éternelle; elle ne nous unira pas seulement l'un à l'autre, mais encore elle nous unira à
Dieu.

Saint Augustin, Lettre 258.